Floriane Grondin : une passion transmise, un engagement choisi

À 28 ans, Floriane Grondin est sapeur de 2e classe au centre d’incendie et de secours de La Plaine-des-Palmistes, où sert également son père, sapeur-pompier depuis 34 ans. Recrutée fin 2023 en même temps que son frère, elle préside aujourd’hui l’amicale du centre.

Une vocation ancienne

Floriane Grondin a été recrutée comme sapeur-pompier volontaire lors de la campagne de fin 2023. Elle avait 25 ans. L’envie remontait à bien plus loin : son père est sapeur-pompier depuis 34 ans, et elle a grandi « entourée de pompiers, de sirènes et de camions rouges ». Les collègues de son père ont été pour elle des exemples et, dit-elle, « une véritable famille ».

« J’ai toujours vu mon père comme un héros. C’est peut-être un peu cliché, mais j’ai une immense admiration pour lui et pour ce qu’il fait. » De sa mère, elle tient d’autres repères : l’altruisme, l’empathie, le sens des responsabilités. Au lycée, c’est vers elle que l’on se tournait quand un élève se sentait mal, le temps qu’un adulte arrive.

C’est un ami qui l’a finalement poussée à se présenter. S’engager revenait, explique-t-elle, à « donner une place concrète à cette envie d’aider » et à acquérir les compétences de l’aide à la personne.

Préparer le recrutement

Ses proches ont d’abord été surpris, et un peu réticents. Le métier évoque la force physique et le danger ; elle en souligne une autre part : « Il faut aussi savoir réfléchir, analyser une situation, prendre des décisions et travailler en équipe. »

Pour l’épreuve sportive, elle s’est entraînée matin et soir. Restaient ensuite l’écrit et l’oral, et la famille a suivi la préparation de près : « J’ai dû les “souler” avec ma préparation, à m’écouter parler encore et encore du SDIS ou encore à réciter mon oral. »

Son frère passait les mêmes épreuves au même moment, et tous deux ont été reçus. Elle y voit une façon de « poursuivre, chacun à notre manière, cette histoire familiale liée aux sapeurs-pompiers ».

Manœuvre à l’échelle aérienne pendant la formation initiale incendie des sapeurs-pompiers volontaires (FIV INC), mars 2026. Photo prise par un adjudant-chef du CIS de Saint-Denis

La mairie le jour, la caserne le soir

Depuis sa première interview avec le SDIS, en avril 2024, sa situation professionnelle a changé. Elle est aujourd’hui directrice adjointe des services Sports, Vie associative et Animations locales à la mairie de La Plaine-des-Palmistes, et responsable du service Promotion de la santé. Elle participe à la coordination du contrat local de santé et de la Maison Sport-Santé, qui mènent auprès des habitants des actions de prévention sur la nutrition, l’activité physique, les addictions, l’inclusion et l’autonomie des personnes vulnérables.

« Dans mon travail, j’agis surtout en prévention, tandis qu’à la caserne, j’interviens dans l’urgence. »

Les deux activités se répondent : « Ces deux expériences se nourrissent l’une de l’autre et m’apportent des connaissances que je peux mettre au service de chacune. » Comme ses journées à la mairie vont de 8 h à 17 h, elle prend ses gardes le soir, le week-end ou pendant ses congés. Elle « aime tellement prendre des gardes » qu’il lui arrive de poser des jours de congé pour être en caserne.

Le trajet du retour

Avec deux ans d’ancienneté (« Je n’ai que 2 ans de bottes »), elle ne retient pas une intervention en particulier, mais un moment : le trajet de retour après une intervention lourde. Le chef d’agrès et l’équipage reviennent alors sur les décisions prises, les difficultés rencontrées, ce qui aurait pu être fait autrement.

« Le regard des autres m’aide à identifier ce que j’ai bien fait, à voir ce que je peux améliorer et à prendre progressivement confiance en mes compétences. » Ces échanges servent aussi l’équipe : pour elle, « la cohésion d’une équipe se construit autant pendant les interventions que dans ces échanges qui suivent ».

Une amicale relancée

Sa présidence de l’amicale est partie d’un détail. Aux épreuves sportives de la Sainte-Barbe 2025, le petit groupe du centre n’avait pas de tee-shirts floqués, contrairement aux autres équipes : « Nous nous sommes un peu sentis comme les vilains petits canards. » Elle crée alors un groupe WhatsApp pour proposer au personnel un tee-shirt commun, et l’idée est bien reçue.

De nouveaux volontaires arrivent à la même période. L’ancien président, encore en fonction, suggère autour de lui qu’elle prenne sa suite, puis vient le lui proposer directement.

L’amicale organise des sorties à vélo ou à moto, dont elle prend en charge une partie des frais de restauration. Le 13 juillet 2026, elle a tenu le premier bal des pompiers du centre. Le bureau compte cinq membres, qui veulent, selon sa présidente, « montrer que notre centre a toute sa place, au même titre que ceux du littoral ».

Cérémonie de la fête nationale à La Plaine-des-Palmistes, 13 juillet 2025. Photo : N. Carcany

Servir dans son village

À La Plaine-des-Palmistes, beaucoup d’habitants se connaissent. « Derrière chaque intervention, il y a des habitants, des familles, parfois des visages que l’on connaît. » À la mairie comme à la caserne, elle dit retrouver la même volonté d’être utile.

Porter l’uniforme dans le centre où sert son père représente pour elle quelque chose de particulier : « prolonger une histoire familiale tout en construisant la mienne, au service d’une population à laquelle je suis attachée ».

Une femme dans l’équipe

Dans son centre, elle dit ne pas être traitée différemment des hommes : « On ne me prend pas avec des pincettes. » Elle n’a pas rencontré d’obstacle lié au fait d’être une femme. Lors de certaines prises en charge délicates, sa capacité à rassurer est utile à l’équipage.

« Je suis quelqu’un de doux, avec du caractère. Pour moi, ces deux aspects ne sont pas contradictoires. »

Habillage en tenue de feu lors des immersions précédant la FIV INC, CIS de La Plaine-des-Palmistes, 26 février 2026. Photo : J. Gauvin

Elle estime pourtant que le chemin reste long. Les femmes sont encore peu nombreuses dans le métier, et moins encore parmi les sous-officiers et les officiers. « Il est important que les femmes puissent se projeter dans ces fonctions, évoluer et accéder aux responsabilités, sans que leur place soit remise en question. »

Son conseil

Aux femmes de La Plaine-des-Palmistes qui viennent lui confier leurs doutes avant de se lancer, elle répond toujours la même chose : « Tu n’as rien à perdre, juste des choses à te prouver. » Et, comme on dit à La Réunion : « Pa kapab lé mor san éséyé ! » On ne peut pas dire que l’on n’est pas capable sans avoir essayé.

Repères

  • Fin 2023 : recrutée comme sapeur-pompier volontaire à 25 ans, en même temps que son frère.
  • Avril 2024 : première interview avec le SDIS de La Réunion.
  • Sainte-Barbe 2025 : point de départ de la relance de l’amicale du centre.
  • 13 juillet 2026 : premier bal des pompiers du centre de La Plaine-des-Palmistes.

Ce portrait prolonge le dossier « 1976-2026 : 50 ans d’engagement au féminin » de Ligne de vie n° 1. Tous les portraits de la série sont réunis sur la page Femmes des secours. Propos recueillis par écrit en octobre 2026. Photos transmises par l’intéressée. Pour proposer un témoignage : lignedevie@lemuseedespompiers.re.

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