23 juillet 1992 : le crash du Piper au Piton des Neiges

Le 23 juillet 1992, en fin de matinée, un Piper PA 28 de l’aéroclub de Pierrefonds décolle pour un survol de La Réunion. À son bord se trouvent quatre personnes : le pilote, Michel Altet, et trois passagers, Marlène Annonay, Hilaire Annonay et Marie-Andrée Perrin.

L’appareil s’écrase près du gîte du Piton des Neiges, à environ 500 mètres de la Caverne Dufour. Il prend feu rapidement après l’impact. Les quatre occupants sont blessés, parfois sérieusement, mais aucun ne meurt dans l’accident. Dès le lendemain, les journaux réunionnais parlent d’un miracle.

Ce mot, largement utilisé par la presse de l’époque, n’est pas seulement une formule. Le site est isolé. L’altitude est élevée. La météo est mauvaise. Le brouillard gêne l’intervention des hélicoptères. L’avion brûle. La végétation autour de l’épave prend feu. Les victimes doivent être éloignées, protégées du froid, puis prises en charge en attendant l’arrivée des secours.

Les premiers gestes ne viennent pas immédiatement des services constitués. Quatre jeunes du Tampon, en randonnée vers le sommet, voient l’avion voler très bas, entendent le choc et rejoignent les lieux. Ils découvrent l’appareil encore en flammes et les blessés à proximité. Ils participent à leur éloignement, les couvrent, les rassurent et tiennent avec eux jusqu’à l’arrivée des secours.

Le gardien du gîte, Alain Dijoux, joue également un rôle essentiel. Il voit l’avion en difficulté, entend l’impact, aperçoit la fumée noire, alerte les secours et rejoint le secteur du crash. À cette époque, pas de téléphone portable, pas de géolocalisation immédiate, pas de transmission numérique. L’alerte repose sur le téléphone du gîte, sur la capacité à décrire le lieu, puis sur l’engagement physique des sauveteurs.

Les secours s’organisent depuis Cilaos. Une première colonne monte à pied. La presse mentionne des gendarmes spécialisés montagne, des sapeurs-pompiers de Cilaos, des médecins, puis des renforts venus de Saint-Louis et de Saint-Pierre. L’hélicoptère tente d’intervenir, mais le plafond est bas. Le brouillard empêche d’abord les rotations. La montagne impose son rythme.

Sur place, les blessés sont pris en charge. Deux victimes peuvent être évacuées par hélicoptère vers le centre hospitalier de Bellepierre. Les autres doivent rester au gîte pour la nuit, sous surveillance médicale et avec des sauveteurs. La Caverne Dufour devient alors un poste de secours improvisé : couvertures, perfusions, veille, froid, fatigue, attente.

L’événement rappelle plusieurs réalités du secours à La Réunion.

D’abord, le relief conditionne tout. Un accident qui, ailleurs, aurait pu être traité rapidement par la route devient ici une opération de montagne. Les personnels doivent marcher plusieurs heures avec le matériel sur le dos. L’oxygène, les moyens de relevage, les couvertures et le matériel médical doivent être portés à hauteur d’homme.

Ensuite, la météo demeure un facteur opérationnel majeur. Même quand les hélicoptères sont disponibles, ils ne peuvent pas toujours passer. Ce jour-là, la brume et le plafond bas obligent les secours à combiner progression pédestre, attentes d’éclaircies et évacuations partielles.

Enfin, l’intervention montre la force d’une chaîne humaine. Les premiers témoins, le gardien du gîte, les randonneurs, les sapeurs-pompiers, les gendarmes, les médecins et les équipages d’hélicoptère agissent successivement, parfois simultanément, sans qu’un seul maillon puisse résumer l’ensemble.

Trente-quatre ans plus tard, ce crash n’est pas seulement un fait divers aérien. Il appartient aussi à l’histoire du secours à La Réunion. Il raconte une époque où les moyens étaient plus simples, où l’engagement reposait davantage sur la rusticité, la condition physique et l’initiative locale. Il rappelle aussi que le secours commence souvent avant l’arrivée des véhicules rouges : par l’alerte, le sang-froid, la protection des victimes et la décision d’agir.

Le 23 juillet 1992, quatre personnes ont survécu à un crash au Piton des Neiges. Leur survie tient à plusieurs facteurs : l’action du pilote, la chance, la configuration de l’impact, mais aussi l’intervention rapide des premiers témoins et l’engagement des secours dans des conditions difficiles.

C’est cette mémoire que l’association souhaite conserver.

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