Céline Fonder : anticiper, puissance 10
Recrutée comme pharmacien sapeur-pompier professionnel le 1er décembre 2008, le lieutenant-colonel Céline Fonder dirige la pharmacie à usage intérieur du SDIS de La Réunion. Sur une île où presque rien n’est fabriqué, elle veille à ce que médicaments et matériels de secours arrivent à temps, et sans rupture.
Une officine d’un autre temps
Son premier stage se déroule à la pharmacie Dubois de Monthermé, dans les Ardennes. L’officine a gardé ses meubles et ses boiseries d’origine, simplement aménagés pour accueillir l’informatique. Céline Fonder y consulte de vieux ordonnanciers : l’un date de 1923, un autre de 1959, où figure une préparation faite pour son père, alors âgé de 3 ans.
Elle y découvre aussi le matériel ancien du préparatoire : le porphyre, le coupe-pilule pour magdaléon, le compresso-doseur pour les cachets, les moules à suppositoires. Le savoir-faire acquis lui vaut ensuite d’être embauchée à temps partiel dans une pharmacie de Pierry, près d’Épernay, de la fin de sa troisième année d’études à sa sixième année.
Une thèse de parasitologie
Pour sa thèse d’exercice, elle cherche un sujet en partie expérimental. Elle pense d’abord à la toxicologie ; c’est finalement le laboratoire de parasitologie qui lui propose un sujet. Il s’agit de mettre au point des tests de biologie moléculaire pour identifier les œufs de parasites intestinaux des ruminants sauvages et domestiques. L’espèce de ces vers n’est identifiable qu’au stade adulte, donc à l’autopsie de l’animal. Un test PCR réalisé sur les fèces permet de l’identifier dès le stade de l’œuf, et d’étudier la transmission entre ruminants sauvages et domestiques.
Le travail suppose d’obtenir des séquences d’ADN par PCR et clonage moléculaire, de concevoir et faire fabriquer les amorces, puis de tester les nouveaux tests sur des échantillons de chevreuils, de cerfs et de bovins. En 2003, son jury de thèse compte Gérard Grandidier, vétérinaire sapeur-pompier du SDIS des Ardennes et l’un des membres fondateurs de l’ANVSP, « à une époque où je n’imaginais même pas qu’il ait pu y avoir des pharmaciens dans les SDIS ! »
D’une officine à l’autre
Elle exerce ensuite dans plusieurs officines, comme adjointe ou remplaçante. Les logiciels, les rangements et les habitudes changent d’une pharmacie à l’autre ; les patients, parfois, restent les mêmes. Certains s’en amusent : « Ah, tu travailles là aussi ! Pour nous c’est bien, on peut changer de pharmacie et on a toujours la même pharmacienne ! » D’autres font quelques kilomètres pour plus de discrétion. Cette période, dit-elle, a forgé sa capacité d’adaptation.
De Mayotte au SDIS
Fin 2006, un projet professionnel s’achève. Avant d’en commencer un autre, elle décide de « voir du pays » : deux mois à Mayotte en 2007, puis La Réunion. Lors d’un colloque de pharmaciens, on lui apprend que le pharmacien des sapeurs-pompiers cherche un remplaçant pour ses vacances. Elle rencontre ainsi Christian Bosserelle et le remplace sous contrat en janvier 2008.
Elle s’engage en parallèle comme volontaire. L’activité lui plaît : elle passe le concours de pharmacien sapeur-pompier professionnel en mars 2008 et est recrutée le 1er décembre 2008. La pharmacie à usage intérieur du SDIS est alors toute jeune : elle a obtenu sa licence en mai 2006 et fête donc ses 20 ans cette année.
Du besoin exprimé à la victime
Une pharmacie à usage intérieur assure l’approvisionnement en médicaments et en dispositifs médicaux. Elle garantit aussi la qualité et la sécurité de tout le circuit, depuis l’expression du besoin jusqu’à l’administration du produit à la victime. Contrairement à l’officine, en contact direct avec les patients, son action se prolonge bien au-delà de ses murs.
Dans les SDIS, et dans de nombreux départements, la mission s’est étendue au matériel médico-secouriste, au biomédical et à tout le matériel utilisé pour le secours d’urgence aux personnes et les visites médicales d’aptitude, souvent dans une logique « d’unicité de prestation ». Il faut aussi prévoir la solidité du circuit en cas de crise ou d’événement, prévu ou non : « Le pharmacien doit pouvoir s’adapter très vite et proposer rapidement une nouvelle organisation pour gérer une situation exceptionnelle… tout cela en continuant de gérer la routine ! »
L’insularité
À La Réunion, presque rien n’est fabriqué sur place, et les fournisseurs locaux, qui ont peu de stock, subissent eux aussi les délais d’acheminement. Céline Fonder combine donc fournisseurs locaux et extérieurs, en limitant les intermédiaires : pour maîtriser les coûts, mais surtout pour réduire les délais de livraison et obtenir des dates de péremption plus éloignées.
La pharmacie reçoit d’un coup plusieurs mois de stock, qu’il faut contrôler et ranger. Elle a besoin d’un espace adapté pour absorber ces grosses livraisons et préparer les commandes internes et la gestion des lots. Agrandie en 2009 sur le site de Monthyon, elle a été transférée sur le site de Tadar en 2015. Le rôle des transitaires est déterminant : un transitaire fiable évite de longues heures de courriels et d’appels pour débloquer une livraison urgente.
Une responsabilité transversale
Sur l’encadrement, elle répond d’abord : « Sujet complexe… joker ! » Elle a peu d’agents sous ses ordres, comparé à un centre de secours. Mais la responsabilité du pharmacien gérant sur la qualité et la sécurité du circuit des produits de santé suppose de nombreuses relations avec les autres services, qui se renforcent peu à peu.
Chido, vu de La Réunion
Elle ne retient pas d’intervention marquante : « On est tellement loin de l’opérationnel… » Le souvenir le plus récent est celui de la mission Chido, à Mayotte. Restée à La Réunion, elle a suivi l’équipe engagée sur place : anticiper les moyens qui pourraient manquer, prévoir des solutions de secours, organiser le réapprovisionnement, créer des contacts à distance et mettre les gens en relation, « c’est possible quand les communications fonctionnent ! »
Des pharmaciens sapeurs-pompiers venus de l’Hexagone se sont ensuite relayés sur place, avec une grande difficulté à créer ce « circuit ». En métropole, les pharmacies des SDIS voisins peuvent envoyer des stocks à celle qui est en tension. À Mayotte, cette solidarité de proximité n’existe pas. Les lots de secours sont efficaces avant, pendant et dans les premiers jours d’une crise ; si elle dure, ils ne suffisent plus, et il faut construire un circuit spécifique.
Le même métier
Depuis le début de sa carrière, elle occupe des postes où le pharmacien engage sa responsabilité pour un établissement : officine, pharmacie à usage intérieur, laboratoire. Elle ne voit pas l’intérêt de féminiser les grades et les métiers : historiquement, le féminin désignait « la femme du… ». « Je me sens donc plus pharmacien (diplômée) que pharmacienne. Et, que l’on soit un homme ou une femme, on exerce le même métier ! »
Elle rappelle que les premières femmes médecins et pharmaciens ont été diplômées à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, les études de médecine sont quasiment paritaires et celles de pharmacie comptent deux tiers de femmes. Les écarts apparaissent ensuite, dans le choix des spécialités et sur les postes hospitalo-universitaires, majoritairement occupés par des hommes. Elle se demande si la vie de famille pèse encore sur le choix d’une spécialité ou d’un concours, et conclut : « Donc mesdames, osez présenter les concours et prenez les places ! »
« Quand un homme est “rigoureux et organisé”, la femme est souvent qualifiée de “psychorigide” pour les mêmes qualités… »
Son conseil
À une étudiante ou à une jeune diplômée en pharmacie qui envisage de rejoindre un SDIS : « Fonce ! » L’activité est variée. Pour les pharmaciens d’officine qui s’engagent comme volontaires, c’est l’occasion de découvrir l’organisation d’un établissement. Le métier fait appel à l’expertise et oblige à remobiliser les connaissances acquises en chimie, en physique, en toxicologie, en parasitologie et en biologie, notamment pour le risque NRBC.
Repères
- 2003. Soutenance de sa thèse d’exercice en parasitologie.
- Mai 2006. Licence de la pharmacie à usage intérieur du SDIS de La Réunion.
- 2007. Deux mois à Mayotte, puis arrivée à La Réunion.
- Janvier 2008. Remplacement du pharmacien des sapeurs-pompiers, sous contrat, et engagement comme volontaire.
- Mars 2008. Concours de pharmacien sapeur-pompier professionnel.
- 1er décembre 2008. Recrutement au SDIS de La Réunion.
- 2009 et 2015. Agrandissement de la pharmacie à Monthyon, puis transfert sur le site de Tadar.
Sigles
- ANVSP : Association nationale des vétérinaires sapeurs-pompiers.
- NRBC : nucléaire, radiologique, biologique, chimique.
- PUI : pharmacie à usage intérieur.
Ce portrait prolonge le dossier « 1976-2026 : 50 ans d’engagement au féminin » de Ligne de vie n° 1. Tous les portraits de la série sont réunis sur la page Femmes des secours. Propos recueillis par écrit en novembre 2026. Pour proposer un témoignage : lignedevie@lemuseedespompiers.re.


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